Achille Dauphin-Meunier, La Commune
Hongroise et les anarchistes, Librairie Internationale, 1926.Ce petit livre de 87 pages relate l’histoire méconnue de la république des conseils hongroise (21 mars 1919-7 août 1919) sous l’angle du rôle que les anarchistes y jouèrent.
La fin de la première mondiale entraîne la décomposition de l’empire austro-hongrois et la ruine de la Hongrie, accentuée par le blocus des forces de l’Entente. Karolyi et son gouvernement nationaliste et démocrate tentent de liquider le féodalisme, d'instaurer un régime démocratique bourgeois, de mener une réforme agraire et de s'attirer la sympathie des puissances occidentales. Il échouera sur tous les tableaux.
Dès janvier 1919 les ouvriers commencent à instaurer des conseils d’usines et chassent les patrons. Les paysans font de même dans les campagnes avec les propriétaires terriens. Les anarchistes avaient tous adhéré au parti communiste hongrois en décembre 1918. Celui-ci se démarqua de Lénine, peut-être à cause de l’influence libertaire, notamment sur la question agraire. Lénine réclamait en effet l’instauration d’une petite propriété paysanne, préconisait le capitalisme d’état, la suprématie de la politique sur l’économique. Les communistes magyars exigeaient la communalisation des biens de consommation et de production, la suppression des rouages politiques et la formation de conseils ouvriers et paysans.
Le 21 mars, l’assemblée nationale républicaine tint sa dernière séance : le président Hock, prononça l’oraison funèbre du régime : « Un nouveau système social étant introduit en Hongrie, dit-il, l’assemblée n’a plus aucune raison de poursuivre ses travaux. Sa continuation ne répond plus aux exigences du régime actuel. Notre organisation politique a complètement fait faillite. Laissons le champ libre à l’activité du prolétariat. » Rare exemple de lucidité politique !
Cette brochure évoque clairement les problèmes concrets, urgents et parfois dramatiques, auxquels tout mouvement révolutionnaire se trouve confronté une fois le pouvoir capitaliste et étatique mis à bas : assurer la satisfaction des besoins basiques de la population, réorganiser l’économie sur des bases socialistes, inventer et construire un pouvoir populaire et démocratique, transformer les rapports sociaux et les mentalités, défendre la révolution par les armes…L’auteur, un économiste sans doute proche des anarchistes, décrit l’organisation nouvelle dans les grands secteurs de l’économie.
La république des conseils sera renversée le 6 août par une coalition militaire franco-roumaine qui laissera la place à une répression féroce et permettra l’installation du régime fasciste de Horty.
par ascona
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