Lundi 29 janvier 2007
Ramon Rufat : Espions de la république

Ramon Rufat débuta sa carrière d'espion au commencement de la guerre civile. Il est recruté par un groupe d'internationaux de la colonne Durruti à qui l'on a confié la mission d'organiser un service de renseignement et de guerilla sur le front d'Aragon.

On retrouve donc le même contexte que dans "Les fils de la nuit" d'Antoine Gimenez. D'ailleurs ce titre a été inspiré par le titre original d'"Espions de la République" : "Entre los Hijos de la Noche". De même on reconnaitra également quelques événements commun aux deux livres.

La similitude s'arrete ici, Ramon Rufat (nom de code R2) n'était pas un guerilleros mais un agent de profondeur. Il partait en mission seul pendant plusieurs jours, loin derrière les lignes fascistes pour ramener des informations utiles au camp républicain. Certaines de ses missions servaient néanmoins de repérages pour des actions de guerilla. L'histoire ne dit pas si Antoine Gimenez et Ramon Rufat se sont rencontré pendant cette période.

En toile de fond de son récit apparaissent les conflits politiques entre les forces révolutionnaires et contre-révolutionnaires dans les rangs républicains. Notamment la militarisation qui touchera le service de renseignement (S.I.EP.), mais aussi les événements de mai 37 à Barcelone et les agissement du SIM. Ces conflits auront souvent de graves conséquences sur le cours de la guerre.

Ramon Rufat soulève dans ce livre une théorie intéressante, qu'on retrouve aussi dans "Spanish Cockpit" de Franz Borkenau. Selon lui, la guerilla aurait due être plus utilisée dans la lutte contre le fascisme, plutôt que de combattre frontalement une armée supérieurement équipé et aidé par des puissances étrangères.
Pour gagner la guerre civile il aurait fallu mener la guerilla et la guerre traditionnelle en parallèle, notamment en effectuant des actions de guerilla en profondeur.

Or c'est ce choix de former une armée régulière en écartant la stratégie de guerre populaire qui a entrainé la fin de l'expérince révolutionaire espagnole en exigeant la victoire avant la révolution. Mais les tenants de la militarisation voulaient-ils réellement gagner cette guerre ?

Ramon Rufat : Espions de la république, mémoires d'un agent secret pendant la guerre d'Espagne, Allia, 1990
Lundi 22 janvier 2007
Michel Léger : De brigades en  brigades

Michel Léger nous raconte le passé militant de son père Robert Léger, cuisinier et militant anarcho-syndicaliste.

Militant anarchiste, il a fait partie, dans les années trente, du groupe les Moules-à-gaufes avec Charles Ridel, qui sera connu plus tard sous le nom de Louis Mercier-Vega.

Syndicaliste, il défendra ses collègues cuisiniers et écrira de nombreux articles dans "le réveil des cuisiniers" et dans le "libertaire syndicaliste". Ces articles sont reproduits dans ce livre.

La partie la plus interessante du livre est celle consacrée à son passage au sein des Brigades Internationales. Il officiera quelques mois comme cuisinier au quartier général des B.I. d'Albacete. En tant qu'anarchiste, il décrit la main mise des communistes sur les B.I. : l'élimination des opposants, la militarisation... Il enverra un rapport sur la situation politique au sein des B.I à l'Union Anarchiste. Il sera ensuite démasqué comme libertaire et, poursuivi par le S.I.M. (service secret républicain aux mains des communistes) il devra rejoindre une centurie anarchiste pour êter en sureté. Il connaitra là son baptême du feu.

« De brigades en brigades », Michel Léger, éd. de l'auteur, 225 p., 18 euros (port compris). Adresse : Michel Léger, 11, hameau de la Goélette, Port Sud, 91650 Breuillet.
Mardi 9 janvier 2007
Je viens de finir : Les fils de la nuit, souvenirs de la guerre d'Espagne, d'Antoine Gimenez, co-édité par L'Insomniaque et les Giménologues.

 

Antoine Gimenez nous raconte dans ce livre, écrit en 1974, ses souvenirs de la révolution espagnole de 1936. Anarchiste, il rejoindra dés le début des combats le groupe international de la Colonne Durruti. Au fil des chapitres il nous décrit les coups de mains que le groupe méne derrière les lignes ennemies, mais aussi la vie quotidienne à l'arrière.

Son témoignage fait ressortir de manière remarquable les sentiments,  parfois contradictoires, qui le traversaient : des plaisirs de l'amitié et de l'amour à la colère contre les trahisons du camp républicains envers les anarchistes, de l'exaltation du combat au desespoir de voir ses amis tomber les uns aprés les autres, tué par les fascistes ou disparu dans les prisons secrètes du Parti Communiste espagnol.

Ce livre permet de donner une incarnation à tout ce que j'ai pu lire jusqu'à maintenant sur la révolution espagnole : les relations qu'Antoine noue avec les hommes et les femmes qu'il rencontre pendant cette période nous donne une idée du niveau de transformation sociale réalisé pendant ce bref été de l'anarchie.

Antoine est en même temps trés lucide sur la mauvaise tournure que prennent les événements : il se rend compte rapidement que la CNT, par ses manoeuvres, est en train de mettre un terme à la révolution sociale en cours et laisse le champ libre au Parti Communiste espagnol et Staline qui parviendront à supprimer les militants révolutionnaires conscients.


Le témoignage d'Antoine est accompagné d'un appareil de notes très complet permettant de contextualiser de manière précise le récit. Toutefois, vu le nombre de notes et leur taille et pour ne pas perdre le fil du texte, je conseilerai de lire un chapitre entier puis les notes s'y référant. Une bibliographie trés fournie et une riche iconographie sont également présent dans ce gros livre.

Dimanche 7 janvier 2007
Dernière acquisition : Il y a trente ans, Salvador Puig Antich, La remembrance 2005.

Salvador Puig Antich était un militant du Mouvement de Libération Ibérique, le MIL, il fut garroté par le pouvoir franquiste en 1974 il avait alors 26 ans. Le MIL était un groupe d'extrème-gauche, conseilliste et sensible aux idées situationniste. A coté de l'édition de textes théorique, le MIL réalisait des braquages afin de soutenir les ouvriers grévistes de Barcelone. Le groupe s'est auto-dissous en 1973, quand ses membres se sont rendu compte qu'il ne pourrait pas dépasser le stade groupusculaire. Un mois après, Puig Antich est arrêté, accusé du meurtre d’un policier au cours de la fusillade qui s’ensuit et condamné à mort au terme d’un procès uniquement à charge vite expédié. Franco restera inflexible, malgré d’importantes manifestations au niveau international, notamment en France. Jean-Marc Rouillan qui fondera quelques années plus tard Action directe était membre du MIL.

Vendredi 5 janvier 2007
Voici ma dernière acquisition : La saveur des patates douces, de Vicente Marti édité par l'Atelier de création libertaire en 1998.

Vicente Marti, né en 1926 à Madrid nous donne le témoignage de son itinéraire de militant libertaire : ses souvenirs d'enfants pendant la révolution espagnole, l’exil en France, les luttes contre le régime franquiste, la répression, les campings libertaires internationaux.


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