Lundi 17 mars 2008
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Maurice Dommanget : Histoire du drapeau  rouge

L'auteur, instituteur, syndicaliste et historien retrace dans ce livre l'histoire du drapeau rouge à travers le monde, de l'insurrection des esclaves de Spartacus à la veille de la seconde guerre mondiale. La post-face de Roland Breton prolonge rapidement cette histoire jusqu'en 1989.

Le drapeau rouge aurait était arboré par Spartacus lors de la révolte de 73-71 sous la forme d'un voile de soie rouge,  signe distinctif de l'autorité du général en chef à Rome. Le rouge réapparaîtra en France au cours des jacqueries sous différentes formes, jusqu'à la révolution de 1789.

La révolution de 1789 instaurera le drapeau rouge comme symbole de l'exécution loi martiale décrétée pour réprimer les émeutes populaires. C'est donc sous le drapeau rouge que la garde nationale, commandée par La Fayette et le maire de Paris, Bailly, massacra les républicains rassemblés pour demander la déchéance du roi. Par provocation, le mouvement ouvrier retournera ce symbole pour le faire sien.

On apprend également que le drapeau noir, lui, ce ne sont pas les canuts lyonnais; qui, le 21 novembre 1831, orné de l'inscription " vivre en travaillant ou mourir en combattant" l'ont brandit pour la première fois. Son origine remonterait à une manifestation de terrassiers, à Reims le 15 janvier 1931, le drapeau noir était pris comme symbole de la  lutte à mort. Un mois plus tard, le 12 février il ressurgi à Lyon, arboré par des ouvriers... terrassiers. Commence dès lors l'histoire qu'on lui connaît, notamment son utilisation par les canuts lyonnais.

Il est intéressant de noter que le choix entre le drapeau tricolore et le drapeau rouge n'a pas été tranché pendant longtemps dans le mouvement ouvrier. En général, en période de monarchie, empire ou restauration, le choix penchait en faveur du drapeau tricolore. Les socialistes faisant alliance avec les républicains bourgeois. Le drapeau rouge reprenait du service lors de l'instauration des républiques bourgeoises et réactionnaires, comme en Juin 48 ou pendant la Commune de 1871. Mais à partir de la Commune, le drapeau rouge et le drapeau noir devinrent définitivement des symboles du mouvement ouvrier. Le drapeau tricolore étant devenu le symbole de la réaction bourgeoise.

C'est donc une véritable histoire du mouvement ouvrier, principalement français mais pas uniquement, que nous a livré Maurice Dommanget, étudiée en sous l'angle de l'apparition du drapeau rouge ou noir dans les mouvements de luttes populaires. Ce travail très détaillé surprend par la richesse et la précision des informations fournies : l'auteur recense un nombre impressionnant de manifestations ou autres mouvements où ces drapeaux ont paru.

Le texte est accompagné d'un appareil de notes complet, d'un index des noms, d'une bibliographie sur le thème du drapeau rouge et de pièces annexes (articles de presse, chansons sur le drapeau rouge). Du beau travail d'historien.


Histoire du drapeau rouge, Maurice Dommanget, 551 p., Le mot et le reste, 2006, (édition originale : 1966)

Mercredi 21 février 2007

Erich MÜHSAM : La République des conseils de Bavière

 


Suite à la lecture de «  La Commune Hongroise et les anarchistes », j’ai eu envie de lire ce livre que j’ai acquis il y a plusieurs années, sans avoir jamais pris le temps de l’ouvrir…

L’auteur, militant anarchiste et intellectuel allemand, nous décrit les événements qui menèrent à partir de novembre 1918 à la création de l’éphémère République des Conseils de Bavière (6 avril-1 mai 1919). En effet depuis novembre 1918 l’Allemagne, et dans le cas qui nous intéresse la Bavière, se couvre de conseils ouvriers et de conseils de soldats. Dès la proclamation de la république de Bavière le 7 novembre, un Conseil provisoire des ouvriers, des soldats et des paysans est constitué. Nous sommes donc en présence d’un double pouvoir, qui perdurera jusqu’à la proclamation de la république des conseils dans la nuit du 6 au 7 avril 1919. Erich Müsham relate dans le détail la lutte entre ces deux pouvoirs et son combat au sein du conseil ouvrier révolutionnaire pour arriver à la proclamation de la République des Conseils. Il est question également de la lutte entre les différents courants politiques au sein du Conseil provisoire. Et ce jusqu’au 13 avril, date à laquelle il sera arrêté par les troupes gouvernementales lors d’une tentative de putsch des sociaux-démocrates. Il ne connaîtra pas la fin de l’expérience révolutionnaire, ce qui lui sauvera sans doute la vie…

Cet ouvrage a été écrit en 1920 dans la prison où Mühsam purgeait une peine de 15 ans suite à la répression sanglante du mouvement conseilliste par les sociaux-démocrates allemand. Il a été rédigé d’après les seuls souvenirs de l’auteur, c’est pourquoi il se contente de relater que ce qu’il a lui-même vécu. Anecdote amusante, le livre est adressé au camarade Lénine qui représentait à l’époque le seul espoir de révolution prolétarienne aux yeux de l’auteur. L’écrasement de Kronstadt et de la Makhnovtchina saperont ses espoirs. Müsham à pourtant toute sa vie tenté d’unifier les courants anarchistes et marxistes en vue de réaliser la révolution et de lutter contre la bourgeoisie et les nazis.

Il sera arrêté par les nazis en 1933 et trouvera la mort dans un camp de concentration. Sa femme, réfugiée en Tchécoslovaquie puis invitée URSS sera condamnée par le régime stalinien à huit ans de goulag, en fera 15, sera libérée malade et finira sa vie à Berlin-Est en 1962.

Ce livre est avant tout un important témoignage sur cette période pleine d’espoir pour le prolétariat révolutionnaire. Par les critiques formulées, y compris sur son rôle pendant cette période, Erich Müsham donne des pistes pour comprendre ce qui se passe pendant ces périodes de double pouvoir qui précédent les révolutions. Sa théorie et son action pour l’unification du prolétariat révolutionnaire sont sans doute aussi à retenir.
 

MÜHSAM, Erich. La République des conseils de Bavière : Munich du 7 novembre 1918 au 13 avril 1919 ; suivi de La société libérée de l’Etat : qu’est-ce que l’anarchisme communisme, Amis de Spartacus ; Ed. de la Digitale, 1999.

 

 


 
 
 
 

 

Mercredi 7 février 2007
Achille Dauphin-Meunier, La Commune Hongroise et les anarchistes, Librairie Internationale, 1926.

Ce petit livre de 87 pages relate l’histoire méconnue de la république des conseils hongroise (21 mars 1919-7 août 1919) sous l’angle du rôle que les anarchistes y jouèrent.

La fin de la première mondiale entraîne la décomposition de l’empire austro-hongrois et la ruine de la Hongrie, accentuée par le blocus des forces de l’Entente. Karolyi et son gouvernement nationaliste et démocrate tentent de liquider le féodalisme, d'instaurer un régime démocratique bourgeois, de mener une réforme agraire et de s'attirer la sympathie des puissances occidentales. Il échouera sur tous les tableaux.

Dès janvier 1919 les ouvriers commencent à instaurer des conseils d’usines et chassent les patrons. Les paysans font de même dans les campagnes avec les propriétaires terriens. Les anarchistes avaient tous adhéré au parti communiste hongrois en décembre 1918. Celui-ci se démarqua de Lénine, peut-être à cause de l’influence libertaire, notamment sur la question agraire. Lénine réclamait en effet l’instauration d’une petite propriété paysanne, préconisait le capitalisme d’état, la suprématie de la politique sur l’économique. Les communistes magyars exigeaient la communalisation des biens de consommation et de production, la suppression des rouages politiques et la formation de conseils ouvriers et paysans.

Le 21 mars, l’assemblée nationale républicaine tint sa dernière séance : le président Hock, prononça l’oraison funèbre du régime : « Un nouveau système social étant introduit en Hongrie, dit-il, l’assemblée n’a plus aucune raison de poursuivre ses travaux. Sa continuation ne répond plus aux exigences du régime actuel. Notre organisation politique a complètement fait faillite. Laissons le champ libre à l’activité du prolétariat. » Rare exemple de lucidité politique !

Cette brochure évoque clairement les problèmes concrets, urgents et parfois dramatiques, auxquels tout mouvement révolutionnaire se trouve confronté une fois le pouvoir capitaliste et étatique mis à bas : assurer la satisfaction des besoins basiques de la population, réorganiser l’économie sur des bases socialistes, inventer et construire un pouvoir populaire et démocratique, transformer les rapports sociaux et les mentalités, défendre la révolution par les armes…L’auteur, un économiste sans doute proche des anarchistes, décrit l’organisation nouvelle dans les grands secteurs de l’économie.

La république des conseils sera renversée le 6 août par une coalition militaire franco-roumaine qui laissera la place à une répression féroce et permettra l’installation du régime fasciste de Horty.

 

Lundi 29 janvier 2007
Ramon Rufat : Espions de la république

Ramon Rufat débuta sa carrière d'espion au commencement de la guerre civile. Il est recruté par un groupe d'internationaux de la colonne Durruti à qui l'on a confié la mission d'organiser un service de renseignement et de guerilla sur le front d'Aragon.

On retrouve donc le même contexte que dans "Les fils de la nuit" d'Antoine Gimenez. D'ailleurs ce titre a été inspiré par le titre original d'"Espions de la République" : "Entre los Hijos de la Noche". De même on reconnaitra également quelques événements commun aux deux livres.

La similitude s'arrete ici, Ramon Rufat (nom de code R2) n'était pas un guerilleros mais un agent de profondeur. Il partait en mission seul pendant plusieurs jours, loin derrière les lignes fascistes pour ramener des informations utiles au camp républicain. Certaines de ses missions servaient néanmoins de repérages pour des actions de guerilla. L'histoire ne dit pas si Antoine Gimenez et Ramon Rufat se sont rencontré pendant cette période.

En toile de fond de son récit apparaissent les conflits politiques entre les forces révolutionnaires et contre-révolutionnaires dans les rangs républicains. Notamment la militarisation qui touchera le service de renseignement (S.I.EP.), mais aussi les événements de mai 37 à Barcelone et les agissement du SIM. Ces conflits auront souvent de graves conséquences sur le cours de la guerre.

Ramon Rufat soulève dans ce livre une théorie intéressante, qu'on retrouve aussi dans "Spanish Cockpit" de Franz Borkenau. Selon lui, la guerilla aurait due être plus utilisée dans la lutte contre le fascisme, plutôt que de combattre frontalement une armée supérieurement équipé et aidé par des puissances étrangères.
Pour gagner la guerre civile il aurait fallu mener la guerilla et la guerre traditionnelle en parallèle, notamment en effectuant des actions de guerilla en profondeur.

Or c'est ce choix de former une armée régulière en écartant la stratégie de guerre populaire qui a entrainé la fin de l'expérince révolutionaire espagnole en exigeant la victoire avant la révolution. Mais les tenants de la militarisation voulaient-ils réellement gagner cette guerre ?

Ramon Rufat : Espions de la république, mémoires d'un agent secret pendant la guerre d'Espagne, Allia, 1990
Lundi 22 janvier 2007
Michel Léger : De brigades en  brigades

Michel Léger nous raconte le passé militant de son père Robert Léger, cuisinier et militant anarcho-syndicaliste.

Militant anarchiste, il a fait partie, dans les années trente, du groupe les Moules-à-gaufes avec Charles Ridel, qui sera connu plus tard sous le nom de Louis Mercier-Vega.

Syndicaliste, il défendra ses collègues cuisiniers et écrira de nombreux articles dans "le réveil des cuisiniers" et dans le "libertaire syndicaliste". Ces articles sont reproduits dans ce livre.

La partie la plus interessante du livre est celle consacrée à son passage au sein des Brigades Internationales. Il officiera quelques mois comme cuisinier au quartier général des B.I. d'Albacete. En tant qu'anarchiste, il décrit la main mise des communistes sur les B.I. : l'élimination des opposants, la militarisation... Il enverra un rapport sur la situation politique au sein des B.I à l'Union Anarchiste. Il sera ensuite démasqué comme libertaire et, poursuivi par le S.I.M. (service secret républicain aux mains des communistes) il devra rejoindre une centurie anarchiste pour êter en sureté. Il connaitra là son baptême du feu.

« De brigades en brigades », Michel Léger, éd. de l'auteur, 225 p., 18 euros (port compris). Adresse : Michel Léger, 11, hameau de la Goélette, Port Sud, 91650 Breuillet.
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